La violence est-elle déterminée par nos gènes?

J’ai fini de regarder la saison 6 de DEXTER, ce tueur en série attachant, qui travaille comme expert aux affaires criminelles de Miami.

« On s’en fout de ta vie! » me direz vous, aimable lecteur, et vous n’auriez pas tort, mais suivez mon chemin, tenez moi la main, je sais que là où je vous emmène ça vous plaira.

On peut résumer la série « Dexter » en quelques traits caractéristiques :

  1. c’est stressant, la dernière fois que j’ai regardé un épisode de DEXTER avant de m’endormir j’ai revé que l’on m’avait découpé les deux bras, heureusement on me les avait recousu à l’aide de mutiples points de sutures. J’avais alors pour seule consigne de ne point porter de charges lourdes. Mais la vie est mal faite, et toujours dans mon rêve, je devais déménager, j’étais stressée, mes potes mal garés, et puis tout le monde m’attendait dans le camion et cette caisse de livres là en plein milieu, je ne pouvais pas résister, je me vois encore en train de la soulever cette caisse rouge et entendre les points de sutures au niveau de mes épaules céder un par un. CLAC, CLAC, CLAC, CLACLACLCLAC..essayez donc de recoller vos bras quand vous n’en avez plus, et vous comprendrez le stress qu’engendre le visionnage d’un épisode de DEXTER.
  2. C’est sanglant
  3. C’est une série télévisée qui interroge sur les frontières que nous sommes prêts à mettre entre le bien VS le mal mais c’est surtout un LONG et laborieux questionnement (7 saisons de 12 épisodes de 45 minutes chacun) sur l’éternel débat INNE /ACQUIS.

Dexter est il par nature un tueur ? Cela est-il inscrit dans ses gènes ? Est il conditionné par ses expériences traumatisantes ? Y  a t-il une sorte de gène de la violence ?

Et c’est ce dernier point qui m’intéresse.

Notez qu’il est très mal traité dans Dexter tout comme il fut très mal traité dans Philosophie magazine N°8 lors du débat entre Nicolas Sarkozy et Michel Onfray.

2 chaises engagées au sein d’un passionnant débat dans Philosophie magazine

Inutile de vous présenter ces deux seigneurs, ils sont tous les deux bien connus pour être d’illustres savants et experts dans tous les domaines : du point de tricot à l’économie  en passant par la génétique et les conséquences de la philosophie existentialiste sur les chèvres mongoles élevées en terrain neigeux.

Statut qui leurs permet d’ouvrir leur grandes bouches sur tous les sujets et qui leurs confère le superpouvoir où toutes idéologies deviennent super-vérités dès lors qu’elles ont passé le seuil glorieux de leurs palais (buccal le palais, rien à voir avec l’élysée) sans passer par la case « contrôle cervelle, check , control check ».

En gros ça se résumait à ça :

Onfray :

« On ne naît pas pédophile. Nous sommes façonnés non par nos gènes mais par notre environnement. »

Sarkozy :

« Je ne suis pas d’accord avec vous. J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. » 

Moi même, en tant qu’experte internationale de bracelets en perle et de tarte Tatin, je serais bien en peine de trancher mais je peux, à travers l’étude d’une famille de néerlandais, vous  faire prendre conscience que l’affaire n’est pas aussi manichéenne qu’il n’y paraît.

La véritable histoire du « gène de la violence »

1978, Hôpital universitaire de Nijmegen (au pays bas):

une femme va consulter pour un grave problème concernant les hommes de sa famille.

En effet, beaucoup d’entre eux (oncles, frères, fils) semblent présenter, en plus d’une débilité mentale, une large propension à la violence : l’un a essayé de violer sa sœur, l’autre a écrasé son patron sous les roues de son véhicule, l’autre a forcé, sous la menace d’un couteau sa sœur (une autre) à se déshabiller, un autre encore était pyromane.

Malgrè les précautions prises pour protéger l'anonymat de cette famille néerlandaise, personne n'est dupe et l'on sait tous ici qu'il s'agit des Daltons.

Malgrè les précautions prises pour protéger l’anonymat de cette famille, personne n’est dupe et l’on sait tous ici qu’il s’agit des Daltons.

A l’aide d’un arbre généalogique, le grand oncle de cette femme avait pu retracer de tels comportements chez les mâles de la famille jusqu’en 1870.

Les femmes, non atteintes de telles tares, semblaient transmettre la maladie à leur fils (comme moi et le daltonisme si j’ai un fiston que j’appelerais térato, cf https://scienceabilly.com/2012/10/29/sommes-nous-des-hyenes-tachetees/ )

Après plusieurs années d’études de ce cas familial, le docteur Hans G Brunner découvrait que ce syndrôme « violent » était associé à une mutation ponctuelle du gène codant pour la MAOA (ou monoamine oxydase), une protéine impliquée dans le métabolisme de certains neurotransmetteurs. Lorsque cette mutation est présente l’enzyme MAOA n’est plus fonctionnelle.

Ce que l’on a retenu de cette étude, c’est que dans cette famille, les Hommes violents étaient dépourvus de protéine MAOA donc le gène mutant de MAOA était responsable de la violence, et que si vous l’aviez vous deviendrez donc violent.

Bingo, conclusion hative, du gros titre, du sensationnel, c’est toujours mieux donc : le gène de la violence EXISTE. Et puis ensuite pourquoi pas le gène de la pédophilie ou du suicide…

Le problème avec nos CONgenères c’est leur incroyable capacité de prendre partie ou totalité des faits pour les remanier en fonction de leur idéologie : ainsi certains ont vite crié au DETERMINISME GENETIQUE (vite allons diagnostiquer les enfants en primaire pour isoler tous ceux qui portent cette mutation, ISOLONS LES MUTANTS POUR le bien de l’humanité, si ça vous rappelle quelque chose c’est normal, sachez donc que l’on a failli voir Notre ex président en lycra mauve et slip orange s’engager personnellement dans cette lutte) tandis que d’autres criaient à l’étude bâclée, aux résultats erronés.

Ce que l’on a omis un peu vite dans cette histoire c’est que la mutation relevée dans le génome de cette famille est EXTREMEMENT rare, d’ailleurs il n’existe aucun autre cas d’étude comparable à celui ci. Elle ne peut donc expliquer à elle seule la violence du reste du monde.

La violence dans son habit le plus féroce. Ames sensibles s'abstenir, éloignez les jeunes enfants

La violence dans son habit le plus féroce. Ames sensibles s’abstenir, éloignez les jeunes enfants

D’ailleurs AUCUNE étude ultérieure n’a pu démontrer un lien concluant entre  un faible taux de MAOA dans l’organisme et le développement de comportements violents.

Ce que nous savons tous, c’est que parmi les enfants ayant subis des maltraitances, certains deviennent des adultes avec des comportements antisociaux et d’autres non.

Le fait d’avoir subi des violences augmentent de 50% les risques de devenir violents soi même, mais dans la majorité des cas, un enfant violenté ne devient pas violent lui même. Partant de ce constat, Avshalom Caspi (le même qui a découvert que fumer des joints ruinait nos neurones) et son équipe ont alors étudié cette fois ci un vaste échantillons d’hommes depuis leurs naissances jusqu’à l’âge adulte. Ils ont mesuré le taux de comportement antisociaux en fonction de la quantité de MAO dans le corps. Les résultats peuvent être résumer comme cela :

les enfants avec un faible niveau de MAOA, lorsqu'ils sont victimes de maltraitances, présentent davantage de risques que les autres de développer des comportements antisociaux

les enfants avec un faible niveau de MAOA, lorsqu’ils sont victimes de maltraitances, présentent davantage de risques que les autres de développer des comportements antisociaux

On peut donc voir  qu’en l’absence de mauvais traitements, les enfant ayant un faible taux de MAOA , ne developpent pas davantage de comportements antisociaux que les autres, c’est même l’inverse qui se produit ! A contrario, lors de mauvais traitements, les enfants ayant peu de MAOA ont davantage de risques de développer des comportements antisociaux.

Ainsi on peut  démontrer que le génotype va influencer notre réponse comportementale face à un environnement, mais que rien n’est plus déterminant dans le développement  de comportements violents que d’en avoir été soi même victime.

Est ce réellement une bonne nouvelle ?

..monde  de M..

Donc si jamais comme moi, parfois, vous avez tendance à vous emballer sur des sujets de société, avant d’appeler psychologie magazine et vous ridiculiser publiquement, lisez, critiquez, soyez OBJECTIF ou fermez la.

Dieu sait et moi aussi, que cet exercice peut être parfois bien difficile. Grande est la tentation de tout instrumentaliser pour mieux brailler en société.

Billie.

P.S: paraitrait que dernièrement (aout 2012) on ait découvert qu’une version de MAOA favorise le bonheur chez les femmes quand il favorise l’agressivité chez l’homme..ça sent les raccourcis pourris à plein nez.

Pour aller plus loin, plus vite, plus fort:

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/12161658

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/8211186

http://discovermagazine.com/1993/oct/aviolenceinthebl293

http://works.bepress.com/jennifer_brooks-crozier/1/

http://www.news-medical.net/news/20120829/MAOA-gene-appears-to-make-women-happy.aspx?page=2

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/genetique-1/d/science-decalee-un-gene-du-bonheur-uniquement-chez-la-femme_40974/

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