Origine et utilisation du placenta : entre virus, recettes de cuisine et enjeux thérapeutiques

Un jour où l’autre vous aurez à faire avec une histoire de placenta.

J’espère alors que ce sera pour votre plus grand bonheur. J’espère aussi que cela n’aura rien à voir avec une recette de cuisine ou un menu de fêtes. Il se peut que l’on vous conseille de le manger, que l’on vous dise que c’est un héritage viral, que l’on vous demande de faire don du sang placentaire ou peut être même voudrez vous payer pour le conserver. Pour y voir plus clair mais surtout pour avoir de quoi faire votre intéressant(e) lorsque ce jour se produira, lisez la suite.

 Le placenta c’est quoi ?

C’est  un organe mixte développé par l’embryon lors de la grossesse. Cet organe apporte à l’embryon tout ce dont il a besoin (nourriture, eau, oxygène, protection).

Autrement dit c’est un organe à moitié étranger à la mère, développé par le zygote pour le zygote pour mieux piquer la bouffe et pomper l’oxygène à sa daronne.  Une sorte de crise d’adolescence embryonnaire.

plac1

Comme dans la vraie vie, un embryon ne se développe pas en flottant dans une bulle sur un fond noir, il est nécessaire de montrer par une illustration où se place le placenta par rapport au corps de l’hôte (la maman)

placenta 3

Le placenta, résultat d’une infection qui aurait « bien tournée »

Le placenta se met en place à l’aide de molécules appelées les syncitines. Il a été démontré que, sans le gène codant pour la syncitine A, les souris ne peuvent pas développer cette structure embryonnaire, et ne peuvent donc pas avoir de progéniture.

Là où l’affaire devient intéressante, c’est qu’il semblerait que le gène de la syncitine chez les mammifères, soit l’héritage d’anciennes et multiples infections virales. Ces contaminations virales, auraient permis, il y a plus de 100 millions d’années, le passage du développement embryonnaire externe (dans des œufs) au mode interne.

Bref, peut être que si un virus n’avait pas fait cadeau de 2/3 gènes à certaines de nos très vieilles aïeules, nous ferions des œufs, que nous regarderions évoluer gentiment pendant 9 mois,

« martine fille de reptile »

POSTER-INSEMINOID

Le placenta, ça se mange?

Selon January Jones , oui, c’est d’ailleurs sa « doula » qui lui a dit (sorte de gourou spécialisée dans l’endoctrinement des mères célibataires  au moment du baby blues).

D’ailleurs, étymologiquement, Placenta viendrait d’un mot latin signifiant « gateau » lui même venant du grec « en forme de plaque ».

January Jones : elle a mangé son placenta après son accouchement

Par M.B – Le 26/03/2012 pour le site elle.fr

january-jones January Jones, une des actrices de la série « Mad   Men », qui a accouché en septembre dernier d’un  petit garçon, a récemment confié son secret pour avoir retrouvé la forme si rapidement après sa grossesse. Interrogée par le magazine américain People, la comédienne a déclaré avoir mangé son placenta après l’accouchement. « J’ai une doula fantastique, qui fait en sorte que je mange bien, des vitamines, du thé et des capsules de placenta. Votre placenta est déshydraté et transformé en vitamines. J’ai d’abord été très réticente, mais en réalité, nous sommes les seuls mammifères à ne pas le faire. » La star, impressionnée par les effets de ce cocktail, peu ragoûtant mais naturel, pousse les autres mères à suivre son exemple : « Cela n’avait rien d’une décoction de sorcière ou quelque chose comme ça. Je le suggère à toutes les jeunes mamans », a ajouté January Jones au magazine.

Déjà permettons nous de rappeler à gentille gourou doula que certains mammifères ne possèdent quasi-pas de placenta, c‘est le cas des marsupiaux comme le  « cro mignon » koala, le kangourou roux ou le pétaurus. Seuls ceux que l’on nomme «  les éuthériens »possèdent un véritable placenta fonctionnel. Mais bon, je suis tatillone, ok.

 nous sommes les seuls mammifères à ne pas le faire. »

Laissons à la doula le bénéfice et du doute et supposons, qu’elle (parce que moi, non) a vraiment fourni l’effort d’aller vérifier que les 4 496 espèces de mammifères connues actuellement, du gnou bleu (Connochaetes taurinus taurinus) au chimpanzé, ainsi que les espèces disparues (représentées  par exemple par les fossiles Morganucodon et eozostron datant du Trias supérieur (-210 Ma) avaient ou ont encore pour coutume de manger leur placenta. Voilà, voilà , vous doutez ? Moi aussi, mais soyons charitable, continuons notre chemin et adoptons son point de vue.

Je voudrais aller au bout de la logique de fantastique doula pour lui signaler que nous sommes aussi les seuls mammifères à pouvoir, quand nous avons faim ou un petit coup de mou (comme après un accouchement)  disposer d’un système permettant de nous nourrir sans effort (a contrario de la chasse ou du broutage en savane) s’appelant les commerces (du picard au boucher, il y a de quoi faire). Par ailleurs doula suivra jusqu’au bout ces principes et conseillera à January de ne pas envoyer son petit à l’école puisque nous sommes « les seuls mammifères à le faire »

Revenons au terrible argument censé nous convertir à la placentophagie : « peu ragoutant  mais NATUREL » Là, je craque. Putain c’est pas possible d’être aussi…naïve.

Gentille triple cruche, sais-tu que  la digitaline, substance pouvant provoquer des arrêts cardiaques, est très naturellement produite par la jolie fleur digitale? Ainsi de nombreuses plantes ou animaux ont eu une survie améliorée lorsque NATURELLEMENT une mutation leur a permis produire des toxines luttant contre d’éventuels prédateurs. A cette époque bien sûr, n’étaient pas inclus dans les prédateurs de placenta les jolies mamans starlettes à Hollywood.  A retenir donc : Nature ne rime pas avec nounours à la guimauve.

 Manger une partie de son bébé, est-ce légal ?

Si  pour vous femmes et futures mamans françaises, mes arguments (ôh combien subtils) n’avaient point fait mouche, sachez que, si vous tentiez de subtiliser tout ou partie du placenta de votre junior, vous seriez dans l’illégalité, car comme le prévoit la loi n° 2011- 814 : « Le prélèvement de cellules hématopoïétiques du sang de cordon et du sang placentaire ainsi que de cellules du cordon et du placenta ne peut être effectué qu’à des fins scientifiques ou thérapeutiques »

Mais alors pourquoi ! ?

Il est vrai que certains mammifères, y compris des herbivores, comme les chèvres, mangent le placenta après la mise à bas. Plusieurs explications seraient avancées, (sans qu’aucune étude, à ma connaissance, n’ait été réalisée pour tester ces hypothèses) :

1)   la femelle chèvre aurait besoin d’un petit coup de boost pour se remettre et pour favoriser la lactation, manger le placenta pourrait le lui fournir.

2)   Manger le placenta au lieu de le laisser trainer à côté, cela éviterait d’attirer les mouches porteuses de microbes ou d’éventuels prédateurs.

3)    Le placenta a souvent une portée symbolique : en France à La fin du 16 eme siècle, l’ingestion fut interdite, mais parfois le père allait enterrer le placenta du nouveau né, cela servait alors « d’engrais » pour une plante. Dans d’autres populations on se dépêchait d’aller planquer le placenta car l’on pensait que s’il tombait dans des mains malintentionnées, cela maudirait le nouveau né.

Donner le placenta plutôt que de le manger:

 « Chaque jour en France, un patient est greffé avec des cellules souches issues du sang de cordon ombilical. Prélevé à la naissance, le sang de cordon peut guérir plus de 80 maladies parmi lesquelles des cancers du sang.  »

En effet les cellules du sang placentaires ont la particularité d’être des cellules souches, elles peuvent donc « remplacer  » chez un individu malade ses cellules du sang « défectueuses » et le guérir. ( cf on a en déjà parlé ici)

En France le don de cordon est bénévole, gratuit et basé sur la solidarité, or les donneuses manquent et de plus plus d’entreprises privées étrangères, fleurant le bon filon, proposent aux futures mamans de conserver le sang placentaire pour leurs propres enfants. MAIS:

1)   pour cela il faut envoyer le sang de cordon à l’entreprise par la poste et ça c’est INTERDIT par la loi

2)  aucune étude n’a su démontrer qu’il était meilleur pour un enfant d’être greffé par son propre sang de cordon que par celui d’un autre.

Conclusion :

gardez vos sous, ne mangez pas votre placenta, et faites don du sang placentaire.

Billie.

she-ate-her-placenta

Pour aller plus loin, plus vite, plus fort :

http://www2.cnrs.fr/journal/4473.htm

http://www.doctissimo.fr/html/grossesse/accouchement/apres-forme/15530-manger-placenta.htm

http://www.elle.fr/People/La-vie-des-people/News/January-Jones-elle-a-mange-son-placenta-apres-son-accouchement-1973358

http://www.dondusang.net/rewrite/article/2435/les-dons-de-sang/les-besoins/les-besoins.htm?idRubrique=979

http://www.iledefrance-est.cnrs.fr/com/documents/gene_syncitine.pdf

http://www.slate.fr/story/29867/placenta-cellules-souches-commerce

http://blogs.discovermagazine.com/loom/2012/02/14/mammals-made-by-viruses/#.UMTWLJPm56I

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3 réponses à “Origine et utilisation du placenta : entre virus, recettes de cuisine et enjeux thérapeutiques

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