Draco, le lézard qui plane.

Parce que mon petit frère est complétement accro de base jumping, j’ai regardé ça:

Les gars, ils ont deux bras, deux jambes, un cerveau fonctionnel pas uniquement reptilien, et pourtant ils décident de se jeter consciemment dans le vide pour se sentir vivants, et s’ils s’en sortent vivants justement, ben c’est cool, parce que ça veut dire qu’ils pourront recommencer.  (Je dois avouer, je trouve ça génial, mais mon frère NE DOIT PAS LE FAIRE)

ils sont munis d’un « wingsuit »:

wingsuit  C’est une combinaison qui se gonfle d’air lors du saut,  permettant  d’augmenter leur portance  et de convertir leur vitesse de chute en vitesse horizontale. Cette combinaison leur permet donc de planer ..

Cette structure, artificielle chez l’homme, se retrouve chez d’autres animaux sous le nom de patagium. Ainsi on le retrouve chez la chauve souris ou chez les écureuils volants (oui ça existe)

écureuils

Mais si les mammifères ont développé de nombreuses adaptations au vol plané, ce clade n’en a pas le monopole. Who else has a ticket to glide ?

Flying draco has a «  ticket to glide »

(vous avez eu un petit cadeau si vous avez cliqué sur le titre, c’était bon, non?) 

En creusant la question (Who else has a ticket to glide ?), j’ai découvert que la sélection naturelle dans la forêt indonésienne avait favorisé l’apparition de curieux lézards.

Des lézards volants !

Ils ressemblent à des petits dragons

(si vous ne voulez pas me croire voilà des photos) :

Un lézard volant, digne représentant des Draco. (Vu de profil, avec ses « ailes » en position oblique)

Un lézard volant, digne représentant des Draco. (Vu de profil, avec ses « ailes » en position oblique)


ils ne sont pas très gros et ne crachent pas feu mais bordel c'est quand même un lézard volant, qu'en penserait Indiana Jones?

ils ne sont pas très gros et ne crachent pas feu mais bordel c’est quand même un lézard volant, qu’en penserait Indiana Jones?

C’est pas parce que je vous ai montré des photos avec un lézard qui a vaguement des bouts de peau qui pendent sur le côté, qu’il est capable de voler me diront les sceptiques. Certes, mais j’ai aussi la preuve en vidéo :

Capture d’écran 2013-01-24 à 23.21.31

Capture d’écran 2013-01-24 à 23.16.35

http://video.nationalgeographic.com/video/animals/reptiles-animals/lizards/weirdest-flying-dragon/?source=vidcarousel

Les lézards du taxon Draco, qui compte plus d’une quarantaine d’espèces, se trouvent principalement en Indonésie, dans la jungle d’Asie du sud est.

Ils font partie des agamidae, groupe  plein de représentants très photogéniques :

comme Chlamydosaurus kingii

kingii

ou comme son épineux copain caméléon Moloch horridus :

parent

Le draco se différencie de ses cousins par la présence des ces « ailes » .

A quoi correspondent en fait ces structures anatomiques ?

Pour le savoir matons ensemble Draco :

Draco, en chair et en os, vu de dessus sur fond blanc:

draco 3

Dessin du squelette de Draco :

sqelette

On réalise alors que les « ailes »   sont en réalité des côtes extrêmement développées. Ces côtes allongées sont reliées par des expansions membraneuses qui servent de surface portantes lors du vol plané. Cela forme un patagium. Chez draco, au repos, les côtes se replient le long du corps et sont quasiment invisibles, n’entravant pas le lézard. Lors du vol, ces côtes flexibles se déploient.

Alors Draco, avec qui tu converges ce soir ?

Comme le lémur volant (dermoptère)

dermoptère

le poisson volant:

poisson V

Ou la grenouille volante :

grenouille

Draco a developpé un patagium. En y regardant de plus près, on remarque qu’en dépit du principe de surface portante, l’organisation anatomique du patagium est très différente d’une espèce à l’autre.

Comment l’expliquer ? 

Dans un milieu comme la jungle où de nombreux prédateurs rampent au sol et s’y tapissent, circuler en utilisant uniquement la marche quadrupède ou la reptation est synonyme de mort certaine pour nombres de reptiles ou mammifères vivants en ces lieux.

Ainsi, et indépendamment les uns des autres, les espèces porteuses de mutations permettant de développer le patagium ont échappé plus facilement aux prédateurs, améliorant leur survie et leur  chance d’avoir des rejetons. De générations en générations ils ont transmis ces caractères permettant de planer, celui ci devenant de plus en plus répandu dans leur milieu.

C’est la sélection naturelle.

En outre les dracos étant incroyablement territoriaux, ils s’approprient souvent 2 à 3 arbres. Sa capacité de planer lui permet  donc aussi de  circuler efficacement dans sa propriété à 3 dimensions. Il  peut faire des rondes, monter la garde et virer les indésirables (tss ça va pas être possible ce soir c’est soirée privée) plus facilement et donc impressionner ses femelles.

A noter que la femelle doit quand même rejoindre le sol pour aller enfouir ses œufs (qu’elle abandonnera à leur sort).

Le patagium chez la grenouille, le lézard ou la chauve souris ne sont donc pas des ressemblances permettant d’établir un lien de parenté (tout comme on ne peut pas dire que la mouche et le pigeon sont apparentés car ils possèdent tous deux des ailes). Ce sont des analogies, ressemblances non héritées d’un ancêtre commun, sélectionnées sous les contraintes d’un même environnement. On parle alors de convergence évolutive.

Draco , ce dragon, a convergé conjointement avec un dermoptère, un écureuil, des poissons et..beurkkk même des serpents volants ! Gros dégueulasse..

Mais Draco est unique (c’est ce qu’elles disent toutes) car il représente le seul taxon dont le patagium est formé à partir de structures costales.

Ce système est contrôlé par de nombreux muscles intercostaux, qui servent habituellement  chez les lézards, à diriger les mouvements de la cage thoracique permettant la ventilation de l’animal. Pour Draco, le contrôle de la ventilation a évolué  et est assuré en partie par des muscles pectoraux.

Les Dracos possèdent aussi des expansions dermiques rattachées au niveau du cou qui, l’on suppose, lui servent d’aileron, et de balancier afin d’assurer une partie de sa stabilité lors du grand saut. Ils lui servent aussi d’organe d’apparat pour draguer la femelle.

Petite morale :

Quand j’étais en indonésie, et n’étant pourtant pas d’un naturel peureux, j’étais terrorisée à l’idée qu’un gecko, rampant à l’envers au plafond soit trahi par ses ventouses et tombe directement dans ma chevelure abondante, ou pire dans mon décolleté ou sur mon épaule. Je n’avais de cesse de veiller à mes emplacements en fonction de celui  gecko suspendu. Comme à la bataille navale, c’est pas compliqué, cela requiert juste une attention de chaque seconde et une vision périphérique très développée. Vous comprendrez qu’après visionnage de cette vidéo où l’on voit des serpents volants, j’ai developpé des terreurs nocturnes et que je suis bien décidée à ne jamais m’aventurer dans la jungle sans un parapluie.

Bisous, et faites de beaux rêves 

Billie 

Pour aller plus loin, plus vite, plus fort:

http://archive.org/details/morphologicaleco18inge

http://books.google.fr/books?hl=fr&id=eqegRf2UstIC&q=flying+lizard#v=snippet&q=flying%20lizard&f=false

http://icb.oxfordjournals.org/content/51/6/983.long

http://www.journalofparasitology.org/doi/full/10.1645/GE-3003.1

 

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