Kantubek, la cité oubliée où sommeillent des armes bactériologiques?

Alors en ces temps troublés, ces temps sanglants, où les théories de la conspiration vont bon train, je voulais partager avec vous cette histoire qui serait digne des meilleures histoires de complot, des pires scénarios catastrophes, si seulement elle n’était connue de tous et même décrite sur wikipédia. Comme quoi, même l’histoire la plus horrible et dangereuse ne peut être tenue secrète très longtemps…

C’est l’histoire d’une ville artificielle issue de la folie humaine, d’une ville morte figée dans le temps, sans habitant.

C’est l’histoire d’un danger qui rôde.

C’est l’histoire du mariage souvent funeste des sciences et des armées.

C’est l’Histoire de la ville de Kantubek, principale ville de l’île de Vozrozhdeniya, entourée par la mer d’Aral, elle même encerclée par un désert à la frontière de l’Ouzbékistan et du Kazakstan:

https://goo.gl/maps/3oLQL

Capture d’écran 2015-01-21 à 14.01.29

Dans le cadre du développement des armes biologiques par les soviétiques au début de la seconde guerre mondiale et pendant la guerre froide, la ville de Kantubek, est spécialement crée pour accueillir ce qui deviendra un des plus gros laboratoire d’armes biologiques.

Kantubek apparaît dès 1936. L’île, avec ses 60°C au sol, son climat sec et son isolement par la mer d’Aral, empêchant la propagation des microorganismes au reste du pays, constitue, aux yeux du gouvernement soviétique, le terrain idéal pour expérimenter ses armes biologiques.

Le scientifique Ivan Mikhailovich Velikanov, alors directeur d’un institut de biotechnologie à Vaslikha et décoré de l’ordre de l’étoile rouge, haute distinction militaire, sera nommé à la tête de ce programme par le gouvernement stalinien.

L’équipe compte à l’époque une centaine de scientifiques.

Cependant victime des « purges »du gouvernement de l’époque, Velikanov est arrêté le 6juillet 1937 pour être fusillé le 8 avril de l’année suivante.

Cela met un coup d’arrêt aux essais biologique pratiqués sur cette île jusqu’en 1952, où le gouvernement décidant de relancer les tests concernant les armes bactériologiques, crée la base secrète Aral’sk-7.Il est vrai alors, que les russes bénéficie des plans des installations biologiques de l’unité 731, unité de recherche bactériologique japonaise, saisis en 1945. «  Officiellement, cette unité, dirigée par Shirō Ishii, se consacrait « à la prévention des épidémies et la purification de l’eau », mais, en réalité, elle effectuait des expérimentations sur des cobayes humains comme des vivisections sans anesthésie ou des recherches sur diverses maladies comme la peste, le typhus et le choléra en vue de les utiliser comme armes bactériologiques »(cf wikipédia).

L’URSS va donc profiter des connaissances développées de cette unité 731, programme qui aura fait entre 300 000 et 480 000 victimes et qui a été reconnu seulement depuis 2002 par le gouvernement japonais, pour développer à nouveau des centres bactériologiques

En 1954 les travaux reprennent et c’est l’essor de cette ville artificielle, Kantubek, qui comptera jusqu’à 1500 habitants, comprenant des logements militaires et civils. Un aéroport et un complexe portuaire seront même construits autour de cette ville perdue dans une île au milieu du désert. Les scientifiques et les habitants de l’ile sont tenus au secret le plus absolu sous la direction d’un des plus éminents virologues de son époque, le professeur S. Mamadaliev.

En 1972 dans l’ironie et le cynisme le plus total, alors que la Russie vient de ratifier le premier traité multilatéral de désarmement concernant les armes biologiques, elle va augmenter les budgets alloués au programme de développement des armes bactériennes.

Cette année sera aussi celle de la nomination d’un civil, Ken Alibek, à la tête du programme nouvellement intitulé « Biopreparat » à Kantubek.

Des expériences sur les pathogènes les plus virulents, les plus meurtriers sont menés en toute impunité. On étudie l’anthrax, la peste, le typhus, la toxine botulique, l’encéphalite équine du venezuela ou la brucellulose. Toutes ces substances sont testés sur des animaux confinés sur l’île : rongeurs, porcs, chevaux, ânes et moutons. Des essais de vaccins sont aussi menés ainsi que des expériences pour voir combien de temps des germes peuvent ils survivre sur les vêtements ou dans les sols.

« A cette époque, se remémore Gennadi Lepyoshkin ancien bactériologue, kantubek était un bel endroit, l’eau était limpide, à la bordure de la ville et nous avions l’habitude d’y nager et de prendre un bain de soleil après le travail. Nous pouvions aller danser ou même chasser le canard dans la partie nord de l’ile à l’opposé des laboratoires »

Mais en 1992, la ville est entièrement et brusquement évacuée.

Il faut dire qu’en matière de sécurité, de tels laboratoires ne sont pas à l’abri du danger. La catatastrophe de Sverdlosk est en la triste illustration. En avril 1979, ce laboratoire, localisé sibérie, relache dans l’atmosphère des microbes de charbon, faisant une centaine de morts. Suite à la catastrophe, les autorités soviétiques cachèrent le vrai déroulement des faits en indiquant que c’était une catastrophe portant sur des viandes avariées. Admettre la vérité sur l’existence de Biopreparat signifiait que le pays était en violation des accords internationaux »(cf wikipédia).

Est ce par crainte d’une nouvelle catastrophe comme pour Sverdlovsk que l’ile fut abandonnée en 1992 ? Si les raisons de ce départ restent obscures, les faits sont là : la ville est quittée précipitamment, des centaines tonnes d’agents pathogènes sont abandonnées sur place, sans être décontaminée. Parallèlement, la géologie du site évolue : la mer d’Aral, écrin protecteur et isolant naturel protégeant le reste du continent et sa population de ces bactéries, s’assèche, rendant la ville beaucoup plus accessible aux pillards..

l'île où se situe kantubek finit par être en communication directe avec la terre environnante en 2001 suite à l'assèchement de la mer d'Aral

l’île où se situe kantubek finit par être en communication directe avec la terre environnante en 2001 suite à l’assèchement de la mer d’Aral

En 2002, les Etats Unis via l’agence de réduction des menaces (defense threat agency) va conduire un programme de décontamination afin d’éliminer 100 à 200 tonnes de charbons, l’agent responsable de l’anthrax.

Cependant, aujourd’hui encore, il est difficile d’affirmer avec une totale certitude que la décontamination de cette base a été complète et que le danger n’existe plus…

Au fait vous saviez que le nom de l’île « Vozrozhdeniya » siginifie en russe « l’île de la renaissance » ? Je ne suis pas pressée de la voir renaître pour nous rappeler à son bon souvenir.

Billie.

Pour aller plus loin, plus vite, plus fort:

J’ai d’abord connu l’histoire de Kantubek à la lecture de l’excellent « atlas des citées perdues » d’aude de tocqueville, puis en creusant le sujet d’excellentes sources sont apparues dont 2 bouquins traitant du désarmement et de la guerre bactériologique:

Biological Warfare and Disarmament: New Problems/new Perspectives publié par Susan Wright

conversion of former BTW facilities publié par Erhard Geissler,Lajos G. Gazsó,Ernst Buder

Je me suis aussi nourri de la lecture de l’article surréaliste d’un journaliste du nytimes:

http://www.nytimes.com/2003/01/12/magazine/anthrax-island.html?pagewanted=1

et puis comme toujours mon ami wiki :

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Ele_de_Vozrojd%C3%A9nia

http://en.wikipedia.org/wiki/Vozrozhdeniya_Island

http://en.wikipedia.org/wiki/Soviet_biological_weapons_program

http://en.wikipedia.org/wiki/Biological_Weapons_Convention

http://fr.wikipedia.org/wiki/Biopreparat#Pala_2003

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