Le lac Vostok, les derniers rebondissements

Dans la vie il y a des déceptions qu’il faut savoir gérer.

Non, ma vie ne ressemblera  pas à celles des pèlerins du gritche, non je ne serai pas la maîtresse du cybride de John Keats, non, je ne pourrai jamais gouter aux joies de la drogue du flash-back et non, je ne piloterai jamais le vaisseau arbre.

Voilà, jolie dépression, seule solution pour t’atténuer : fantasmer sur  des choses potentiellement probables ET POURTANT fantastiques.

Ici commence le rêve déchu du lac Vostok.

Le 6 février 2012, l’AFP annonçait qu’une équipe russe avait enfin atteint la surface du lac Vostok. Comprenez ce n’était pas une mince affaire. Le Lac vostok est quand même situé en antarctique sous une calotte glacière de plus de 4 km d’épaisseur.

L’histoire de sa découverte est, en soi, un petit bijou de science fiction :

Il fut découvert par HASARD, EN ANTARCTIQUE donc, alors qu’une équipe russe avait installée sa station 40 ans plus tôt, consacrée à l’étude du climat, juste au dessus. En effet, l’objectif initial était de prélever des carottes de glaces les plus vieilles possibles (jusqu’à 400 000 ans), et donc les plus profondes, afin d’analyser l’air emprisonné dans la glace à des époques reculées, véritables témoins des climats passés.


Capture d’écran 2013-01-14 à 22.12.44                       (image volée avec beaucoup de respect et d’admiration sur le site d’universciences )

…(   L’histoire telle qu’elle pourrait être racontée par un très vieux paysan berrichon qui aurait participé à la mission Vostok  :

tiens je passais par là, en 1957, par – 50°C, je posais ma station. En 1970, je  commençais seulement à creuser l’trou pour prélever les carottes  de glace. Ca nous servait pour mieux comprendre les changements climatiques , tu vois t’y ? Et d’un seul coup en 1993, vlà t-y pas que ce satellite ERS1 me dit qu’il y a un lac vieux de plusieurs millions d’années, grand comme le lac d’Ontario et gros comme trois fois lui, sous moi ! m’vlà beau, j’y croyais ben pas

)……

Le  lac Vostok fut coupé du reste du monde par la présence de sa couverture glaciaire il y a plusieurs millions d’années, et même si on pense aujourd’hui que ses eaux sont probablement renouvelées, elles n’en restent pas moins vieilles de plusieurs milliers d’années!

Dès lors, le palpitant palpite, la moustache gelée du scientifique trémousse et nous nous disons tous :

Qui sait ce que nous pourrions trouver en dessous ? Pourrait-il y avoir de la vie ? Ma foi! Nous en avons bien retrouvé dans des endroits moins accueillants (non, non je ne parle pas de la culotte de Mme Bout1) comme dans la fosse des Mariannes (où la pression est 1000 fois supérieure à celle de Paris)  ou  vivant à des températures dépassant les 100°C !

Et si la vie existe, comment a –t-elle évoluée depuis ces milliers d’années sans contact avec l’extérieur ?

 Alors que faire ? faut-il aller l’explorer ce mystérieux lac ?

D’un côté : poursuivre les forages jusqu’à atteindre le lac c’était prendre le risque de contaminer les eaux du lac avec des organismes de surface, ou, à contrario, de ramener à la surface des agents bactériens issus du lac potentiellement dangereux.

(Rappelez-vous comment les indiens d’Amérique du Sud ont mal vécu leurs retrouvailles avec les agents pathogènes de leurs cousins occidentaux, comme la syphilis, dont ils avaient été séparés depuis longtemps.)

De l’autre il y avait la curiosité et un défi technique extraordinaire à relever : comment forer sous des pressions hallucinantes, (environ 360 bar à la surface du lac, soit une pression  plus de 300 fois supérieure à la pression au centre d’un ouragan de classe 1 !) et  sous des températures de -89°C au pire et de -12°C au mieux? C’était un véritable défi technique (comment le faire, c’est très bien expliqué ici )

De plus, en 1999, les chercheurs pensaient avoir découvert des bactéries à une profondeur comprise entre – 3540 et -3750 m soit à quelques 300 m de la surface du lac, dans un échantillon de glace qui avait probablement fondu puis regelé.

Ces bactéries provenaient  en réalité d’une contamination du liquide de forage qui n’était pas stérile.

Par ailleurs, en 2004, et contre toute attente, des traces d’ADN de bactéries thermophiles (qui vivent sous de fortes températures) ont été mises en évidence dans les glaces proches du lac.

Les premiers prélèvements d’eau du lac, après 20 ans de forage ont donc été effectués avec succès en février 2012.

Moi je rêvais déjà, impatiente et innocente que j’étais d’un monde nouveau, d’un monde vierge, qui aurait attendu son heure tranquillement pendant des milliers d’années. Et alors, enfin, j’aurais pu dire : écoutez, je n’ai pas vécu la fin du monde en 2012, je ne me rappelle presque pas la chute du mur, MAIS j’étais là quand ils ont découvert les bactéries de Vostok !

Je voulais connaître les résultats tout de suite mais il me fallait attendre le gros de l’hiver austral pour que l’équipe puisse remonter les échantillons.

Chose faite en octobre dernier.

C’est alors, à la lecture des premiers résultats d’analyse, que la toute dernière partie de mon enfance, ma part de rêve, mon bout de paradis  s’éteignit, sans un bruit, mais  dans le feu et la fureur des plus grandes tourmentes intérieures: il n’y aurait aucune trace de vie dans les eaux du lac Vostok.

Vous me direz, on t’avait prévenu, c’était peu probable que des micro-organismes se cachent sous des températures négatives, à des pressions infernales, dans une eau tellement concentrée en oxygène qu’elle pourrait rendre blonde même un baobab. Tout le monde pensait bien qu’il était plus probable que ces traces d’ADN retrouvées en 2004 proviennent en réalité de bactéries qui se trouveraient initialement sous le lac, bien au chaud grâce à des flux géothermiques.

Moralité: si vie il y a, elle est certainement planquée sous les sédiments du lac..

Pour l’instant je ne veux rien entendre de tout cela, chercher chercher encore, y’en a marre de creuser dans la glace, d’essayer d’inscrire son nom dans l’eau, je voudrais un trésor là maintenant, tant que je suis encore assez jeune pour en profiter.

En plus, ce soir il neige, c’est comme si l’Antarctique me lançait un dernier message, un souffle qui aurait survolé des déserts glacés, traversé les mers de ténèbres pour s’échouer sur les rivages de la tristesse parisienne et devenir faible murmure passant de flocons en flocons. Ce ballet silencieux mimant au bord de ma fenêtre « Ne t’inquiète pas ma belle il y a peut être encore un peu de mystère dans mes sédiments. »

Espoir ? Vous avez dit espoir ?

Rendez vous en 2013, pour la nouvelle étape: l’exploration des sédiments du lac…

Billie.

Pour aller plus loin, plus vite, plus fort:

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/geologie-1/d/en-bref-leau-du-lac-sous-glaciaire-vostok-en-route-pour-la-russie_43993/

http://www.ldeo.columbia.edu/~mstuding/new_vostok_cartoon_high.jpg

http://www.universcience.fr/fr/science-actualites/enquete-as/wl/1248129244730/le-lac-vostok-va-t-il-enfin-livrer-ses-secrets/

http://www.lefigaro.fr/sciences/2012/02/06/01008-20120206ARTFIG00686-le-lac-vostok-cache-sous-4-km-de-glace-va-livrer-ses-secrets.php

http://en.wikipedia.org/wiki/Vostok_Station?oldid=237202922

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